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Seconde Guerre mondiale dans le sud des Yvelines (6/6) : la vie brisée du docteur Garfunkel et de sa famille

À l’occasion des 81 ans de la Libération du sud des Yvelines, 78 actu a proposé à ses abonné (e) s, depuis le mardi 12 août 2025, de revivre, en six épisodes, la période de la Seconde Guerre mondiale à travers un récit des faits historiques, mais aussi par le prisme de quelques personnages emblématiques et d’anecdotes.
Après un avant-propos en forme de « pilote », notre rédaction vous a d’abord conduit à Longvilliers, pour une belle histoire de solidarité et d’humanité, puis au Perray-en-Yvelines, pour une étape nourrit par le portrait de René Bondon et un arrêt sur un trésor de documents retrouvé dans un carton il n’y a pas si longtemps, avant de revenir à Longvilliers pour, cette fois, vous raconter l’histoire du calvaire et un acte de foi.
Pour ce dernier épisode, nous sommes de retour au Perray-en-Yvelines. Dans les pas du docteur Garfunkel, dont nous vous avons déjà un peu parlé…

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Installation au Perray en 1935

Israël Garfunkel, originaire de Lettonie, a quitte son pays natal en 1923 pour faire ses études de médecine à Paris. Marié à Mary Joffe, il accueille dans son foyer un premier enfant en septembre 1930. Le couple le prénomme Bernard. Irène arrivera plus tard.

Le 30 mars 1935, Israël Garfunkel est officiellement diplômé. Il s’installe au Perray dès le mois de mai. Les habitants s’aperçoivent rapidement qu’ils peuvent compter sur un professionnel dévoué.

Il exerce dans un premier temps à son domicile, notamment, tout près de la salle des Granges, avant d’installer un cabinet au-dessus de la boucherie. Mais la grande Histoire va bientôt venir bouleverser cette vie tranquille et celle de sa famille.

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Infirmier militaire entre 1939 et 1940

Le médecin est mobilisé le 6 septembre 1939, d’abord comme infirmier militaire à l’hôpital du Val de Grâce, à Paris. Il part ensuite à Châteauroux (Indre), affecté au 99e régiment d’infanterie. Il passe ensuite par L’Isle-Jourdain (Gers) puis Poitiers (Vienne).
Après la Débâcle, Il est démobilisé. Nous sommes le 10 juillet 1940. Il reprend alors ses consultations dans son village. Pour une courte durée.

Vichy promulgue une loi lui interdisant d’exercer

La France vit sous l’Occupation depuis le 22 juin 1940. La loi du 16 août 1940, qui vient interdire aux médecins étrangers ayant obtenu la nationalité française après 1927 d’exercer, ce qui est son cas, obscurcit une première fois son avenir.

La préfecture de Seine-et-Oise suspend l’autorisation d’exercer du docteur Garfunkel. Pour une période allant du 15 juillet au 31 octobre 1941. À date, il reprend son travail pour procéder aux campagnes de vaccination, notamment contre la variole.

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Déchéance de nationalité, étoile jaune

Mais en sa qualité de médecin juif, Israël Garfunkel doit faire sans ligne téléphonique ni véhicule. Le poste de radio lui est aussi interdit.

Alors que Mary et Israël ont lutté pour obtenir leur nationalité française, ils en sont déchus, comme leurs enfants, le 15 mars 1942. Le médecin doit porter l’étoile jaune.

Le couple ne quitte pas Le Perray-en-Yvelines pour autant. En revanche, les enfants sont mis à l’abri. Irène et Bernard sont envoyés en pension à Longchêne, à Bullion.

Mardi 28 septembre 1943 : toute la famille est arrêtée

Le mardi 28 septembre 1943, aux alentours de 6 h du matin, des officiers de la Gestapo frappent à la porte du domicile de la famille Garfunkel, situé tout près de la salle des Granges.

Ils sont là pour procéder à leur arrestation. Hélas, les enfants sont aussi là. Bernard et Irène sont rentrés pour célébrer la bar-mitsva du premier et le Nouvel an juif (Roch Hachana).

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Le maire du Perray intervient en vain

Ernest Bonnamy, maire du Perray-en-Yvelines, est un ami du médecin. Ils ont notamment fondé ensemble l’Entente sportive du Perray (association pluridisciplinaire toujours en activité depuis 1937).

L’élu tente de sauver Israël Garfunkel et les siens. Le 30 septembre 1943, deux jours après l’arrestation, le maire du Perray écrit à Pierre Laval, vice-président du conseil des ministres, et à l’ambassadeur français auprès des forces d’Occupation. La requête en grâce n’aboutit pas.

Direction les camps de la mort

Les Garfunkel sont dans un premier temps détenus dans un camp de transit à Drancy (Seine-Saint-Denis), après une nuit à la prison de Rambouillet. Drancy n’est qu’une étape. Pour Auschwitz. Le train de la mort part de la gare de Bobigny le 7 octobre 1943. Le père de famille sera le seul à en revenir.

Israël Garfunkel livrera plus tard, une fois rentré, un témoignage à La Marseillaise de Seine-et-Oise. Le journal hebdomadaire, organe du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, est publié clandestinement depuis 1942. Dans l’édition du 15 décembre 1945, les lecteurs y découvrent le récit du docteur du Perray.

« Enfermés dans ces wagons à bestiaux, comme des bêtes que l’on mène à l’abattoir »

Extraits : « 10 octobre 1943, 6 h du matin. Il y a trois jours et trois nuits que nous sommes enfermés dans ces wagons à bestiaux, comme des bêtes que l’on mène à l’abattoir. Et le convoi roule toujours. Toute la nuit, on avait roulé presque sans arrêt et maintenant de nouveau à l’horizon le jour commence à poindre, le quatrième jour. »

« Jusqu’à quand va durer cet affreux supplice d’être enfermés là-dedans, entassés, assis sur nos bagages, hommes, femmes, enfants, malades, infirmes, sans pouvoir s’allonger, sans pouvoir s’assoupir, pour ne rien penser, pour oublier cette fatigue, cette détresse et l’angoisse qui nous étreint. »

Récit d’Israël Garfunkel publié en 1945 dans « La Marseillaise de Seine-et-Oise »

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1 000 déportés dans le convoi

« Hommes, femmes, enfants, on était mille partis de Paris, au petit jour, trois jours auparavant, poursuit-il. Comme tous les voleurs et les assassins, ils opéraient également la nuit. Ils nous avaient enfermés dans 20 wagons, 50 par wagon, et nous ont fait croire qu’ils allaient laisser les familles ensemble, que nous allions travailler à Metz dans des usines de conserves alimentaires. »

« Mais il y avait longtemps qu’on avait dépassé Metz et traversé d’autres villes encore, se souvient Israël Garfunkel. Trois jours et trois nuits, et l’on roulait toujours. Le pays maintenant devenait pauvre ; de grandes forêts séparées par des étendues de plaines incultes et des marais. Cela nous donnait le frisson de voir les marais : on pensait aux mines de sel et à la mort lente dans ces mines. »

« Il y en avait qui étaient morts en cours de route et on roulait toujours et on continuait de rouler avec les cadavres. »

Récit d’Israël Garfunkel publié en 1945 dans « La Marseillaise de Seine-et-Oise »

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« L’angoisse nous serre les cœurs »

Les wagons finissent par s’arrêter. « Et brusquement des cris partent de tous les côtés. Schnell, heraus ! Vite dehors. Notre wagon est ouvert à son tour, des SS sont là avec des gourdins et des matraques. Des figures de brutes. Il faut sortir vite, sous les cris et des coups de bâtons tombent déjà sur les retardataires.

« De nouveau l’angoisse nous serre les cœurs et, dans la brume matinale, on a froid et on tremble. On veut se serrer les uns contre les autres, mais tout de suite un ordre. Les hommes doivent se ranger d’un côté, les femmes de l’autre. »

Récit d’Israël Garfunkel publié en 1945 dans « La Marseillaise de Seine-et-Oise »

« Et déjà les médecins SS procèdent à un triage, continue le médecin. Les hommes jeunes et aptes au travail sont mis à part. Les autres – toutes les personnes âgées ou paraissant telles, les enfants, les jeunes femmes accompagnées d’enfants, environ 700 sur 1 000 – sont poussés dans des camions qui sont là, qui attendent déjà. »

Irène, Mary et Bernard Garfunkel en octobre 1937.
Irène, Mary et Bernard Garfunkel en octobre 1937 au Perray-en-Yvelines. Le temps du bonheur. ©Photo fournie à 78 actu

Il ne reverra plus sa femme et ses enfants

Il ne reverra plus sa femme et ses enfants. À Auschwitz, le médecin sera affecté à l’infirmerie de Monowitz-Buna sous le matricule 157057. Son épouse Mary et sa fille cadette Irène sont séparés de lui. Bernard, l’aîné, alors âgé de 13 ans, aurait pu suivre son père. Il en a été autrement.

Israël Garfunkel raconte encore : « Un SS, envoyant mon petit vers un camion, me rassure et me dit : il va faire la route en voiture et vous à pied. Et il y a là, parmi ces camions, des voitures de la Croix-Rouge, pour les gens âgés ou malades, semble-t-il. »

« Il n’y a peut-être pas lieu alors de s’inquiéter ? Il n’y a peut-être pas lieu d’être si angoissé ? »

Récit d’Israël Garfunkel publié en 1945 dans « La Marseillaise de Seine-et-Oise »

Israël Garfunkel ne le sait pas à ce moment précis, mais il ne reverra plus sa femme et ses enfants, directement conduits, en ce 10 octobre 1943, dans les chambres à gaz. Quelque 491 personnes du convoi sont exécutées, dont Mary et les enfants.

Il met fin à ses souffrances le 29 décembre 1946

Israël Garfunkel rentre en France le 17 mai 1945. Maigre et malade, il est hospitalisé entre mai et juin 1946. Il retournera aux soins du 2 août au 27 novembre à l’hôpital Broussais, à Paris.

Seul et malade, il ne rentre pas chez lui. Il est accueilli chez Ernest Bonnamy, qui avait en vain tenté de le sauver. Mais il souffre trop. Il se donne la mort le 29 décembre 1946. Une plaque commémorative lui rend hommage au Perray, au 86, rue de Paris, là où il a vécu.

Stéphanie Petit

(avec l’association Histoire et Mémoire du Perray-en-Yvelines)

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