Sur la Seconde Guerre mondiale, tout ou presque a déjà été écrit. Raconté. Commenté. Si la littérature est dense, ce qui nous est d’autant plus précieux qu’ils se font rares, ce sont les témoignages. Michel Masset, qui soufflera sa 90e bougie dans quelques jours, n’était encore qu’un minot quand la drôle de guerre a plongé l’agglomération mantaise dans le noir. Depuis sa maison nichée sur la corniche de Rolleboise (Yvelines), cet homme aux mille et une vies nous a embarqués dans un voyage dans les tréfonds d’une mémoire toujours intacte. Rencontre.
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Une commémoration, puis une rencontre inattendue…
Le 23 août 2025, des drapeaux tricolores claquaient au vent sur la petite commune de Rolleboise, qui s’était rassemblée pour commémorer les 81 ans de la Libération du Mantois. En marge de cette cérémonie, une confidence inattendue a éveillé notre curiosité. L’historien local Bruno Renoult, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale dans le Vexin, évoqua un prénom, puis un nom : Michel Masset.
« Apparemment, il est le dernier témoin de l’arrivée des Américains à Rolleboise et de la première traversée de la Seine en août 1944 », porta-t-il à notre attention. Il n’en fallait pas davantage pour que naisse en nous le désir de retrouver cet homme dont la mémoire défiait l’oubli. Qui était Michel Masset ? Qu’avait-il bien pu voir avec ses yeux d’enfant ? Que retenait-il de l’Occupation allemande et de la riposte alliée ? Deux jours plus tard, nous partions à sa recherche…
« J’ai plein de choses à vous raconter, si vous avez le temps »
C’est Denis, le fils, qui nous escorta jusqu’à une terrasse où Michel, assis à côté de sa charmante épouse, savourait la douceur d’un après-midi d’été. Et presque aussitôt, sans barguigner, il se mit à parler. Libérés presque sans efforts, les souvenirs affluent, précis et rythmés comme un métronome. « J’ai plein de choses à vous raconter, si vous avez le temps… », sonde d’abord notre hôte, né en 1935.
« On habitait sur la nationale avec mes parents. Moi je n’ai pas souffert, mais je suppose que c’était plus dur pour mes parents que pour moi. »

La vie d’un enfant sous l’Occupation
L’arrivée des Américains, le début de l’offensive alliée sur la Seine, il s’en souvient comme si c’était hier. De ces bulldozers descendant vers la rive de la seine, de la construction des pontons et des bateaux en caoutchouc, puis de la traversée du fleuve depuis Rolleboise : un village médusé par tout ce branle-bas de combat.
« J’ai souvenir d’un Allemand sur une charrette tirée par un cheval qui allait vers Bonnières et disait : Kaput, Kaput [cassé, en allemand]. »
Il n’a pas oublié non plus le grondement sourd des explosifs, le bruit des armes automatiques, les sirènes et les défilés militaires en rangs serrés. Mais, aussi, les jeux d’enfants qui persistaient malgré le fracas des brodequins des soldats allemands, qui occupaient à l’époque l’actuel hôtel de la Corniche. Sa mémoire, vibrant encore d’une intensité rare à 90 ans, a tout archivé jusque dans les moindres détails.

« On ramassait les douilles vides des soldats Allemands »
Il n’occulte pas la violence de la guerre. Les dévastations morales et matérielles, pas plus que la séquence la plus tragique, d’avril à août 1944, avec notamment le raid aérien allié meurtrier du 30 mai qui pilonna le centre-ville de Mantes-la-Jolie et fit des centaines de morts.
En 1944, Michel avait neuf ans. Sans doute que son imagination et sa candeur d’enfant lui ont permis de voir les choses sous un angle différent.
« On voyait les soldats allemands qui défilaient avec les tambourins sur la route. Parfois, ils faisaient des exercices sous les platanes au bord de la Seine, ils tiraient des balles à blanc. On allait ramasser les douilles vides. On était habitué à voir des petits soldats de plomb, là on voyait de vrais soldats. »
Quand ça pétaradait de tous les côtés, Michel et sa famille allaient se réfugier. « On restait dans la maison la journée et la nuit on allait dormir dans les grottes sous la colline de Rolleboise. Mon père avait pris cette décision suite aux gros bombardements sur les ponts de Mantes. »
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L’arrivée des GI’s à Rolleboise
Le 20 août 1944, date à laquelle le général californien George Patton ordonna de traverser la Seine sur un pont flottant reliant Guernes à Rosny-sur-Seine, reste solidement ancré dans son esprit.
« Quelques jours avant, on voyait déjà moins de troupes allemandes. Les maisons occupées autour de chez nous s’étaient vidées. Des Allemands traversaient la Seine dans des barques ou volaient des vélos. Ça changeait de ce que l’on avait l’habitude de voir, avec les Allemands qui défilaient au pas cadencé en traversant le village. »

Le 19 août 1944, la veille, deux Jeeps américaines de la 313e division d’infanterie entrent dans Rolleboise.
« Certains commençaient à sortir leur drapeau, mais ils n’ont pas fait long feu, ils étaient juste là en reconnaissance. D’après l’histoire, ce sont les gars qui ont traversé par la passerelle du barrage de Méricourt qui ont dit à Patton qu’il n’y avait personne de l’autre côté », revit Michel, qui avait appris quelques jours plus tôt que les alliés s’étaient installés dans le parc du château de Rosny-sur-Seine (Yvelines). Puis, ils sont arrivés.
« Le lendemain matin, il y avait des Américains l’arme à la bretelle partout dans le Rolleboise ! Ils stationnaient à cheval sur les trottoirs et la route. On voyait des rangers, ça nous changeait des bottes cloutées des Allemands. On avait l’impression que c’était la Panacée. »
La maison de sa tante a été rasée par une bombe
Michel Masset croit voir encore le ballet de l’aviation perçant le ciel. Le tunnel de Rolleboise a été pris pour cible. Les Allemands, qui y planquaient de l’essence et des munitions, attaquaient en piqué pour y loger des bombes planantes. La maison de sa tante fut entièrement soufflée. « Je l’ai vu de mes propres yeux ! C’est mon père qui l’a reconstruite », reprend Michel, en se redressant légèrement.
« Comme le Débarquement avait commencé, ce n’était qu’un défilé de camions et d’ambulance sur la route à Rolleboise en direction de Mantes. Je voyais des tanks, des half-tracks et des troupes américaines qui partaient sur le front en Normandie. »
Michel et son père leur distribuaient des tomates du potager, et les soldats « nous donnaient des chewing-gums et des provisions, nous qui avions été privés de tout pendant longtemps ».

La fuite en famille dans la Nièvre
Comme pour des milliers d’enfants surpris par l’urgence, l’exode fut bien avant la première expérience de la guerre. Après avoir raconté la fin, il revient donc au début, celle de l’Occupation. Le poste radio TSF de son père ayant été réquisitionné par les Allemands, il ne pouvait plus écouter les nouvelles diffusées par les Français. Son paternel, mobilisé dans une grange près de Freneuse (Yvelines) en 1939, portait des messages jusqu’à Clamart (Hauts-de-Seine) à vélo.

Quand les Allemands sont arrivés dans la région, toute la famille s’exfiltre dans la propriété d’un ami à Domont, un petit village de la Nièvre près de Mhers… emportant avec eux le strict nécessaire.
« On est parti en plein petit-déjeuner et quand on est revenu quelques mois plus tard, il y avait encore les bols sur la table. »
Tandis que le petit Michel reste aux côtés de sa mère et de sa grand-mère, son père, lui, descend à Vichy (Allier). Il sera fait prisonnier dans le Sud par l’armée allemande, mais finira par en réchapper.
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Un récit authentique, loin des manuels d’Histoire
« On savait que c’était la guerre, mais on ne comprenait pas. On a su tout ce qu’il s’était passé plus tard », finira par conclure Michel. Quelques instants auparavant – ce maçon de carrière qui a effectué son service militaire au sein de l’artillerie coloniale en Algérie en 1956 – s’était levé pour nous tendre des fragments de sa mémoire : trois classeurs, lourds de photos en noir et blanc et de pages couvertes de son écriture sensible, comme si chaque mot avait été arraché au passé.
Cette narration, ciselée par une existence hors du commun, nous a transportés loin des manuels d’Histoire. Une heure pour nous raconter ce qui avait dû sembler durer une éternité. La complicité de Michel et de son épouse Éliane pouvait aussi se lire dans les regards chargés de tendresse, toujours intacte, quelques jours après avoir célébré leurs noces de Palissandre.
« C’est toute ma vie que tu me fais raconter là », nous taquine notre hôte, qui nous a fait l’honneur de nous confier la partie la plus sensible et épique de son histoire personnelle.
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