Elles risquent de faire le buzz sur Internet et les réseaux sociaux. Et ce sera pour une très bonne cause. Une vingtaine d’élues du sud des Yvelines viennent d’enregistrer un clip vidéo, dans un studio professionnel du Cabaret du bout des prés à Cernay-la-Ville, pour dénoncer les violences intrafamiliales. Et encourager les victimes – souvent des femmes – qui n’osent pas forcément pousser les portes d’un commissariat de police ou d’une gendarmerie, à venir chercher de l’aide dans les mairies.
Vêtues d’orange, la couleur de la lutte contre les violences faites aux femmes, elles ont réalisé une performance musicale en reprenant la chanson de Clara Luciani intitulée Cœur, dont le texte évoque les violences faites aux femmes. Claire Chéret, maire de Cernay-la-Ville, est à l’initiative de cette mobilisation.
Comment est venue l’idée de cette opération ?
C’est un pilier de cette opération. À Cernay, nous avons localement des professionnels du cabaret du Bout des prés qui possèdent une société de production qui s’appelle Empreinte. Durant le confinement, nous avions présenté nos vœux à la population en chantant avec eux. Ils travaillent aussi avec les écoles. Ce sont des professionnels très bienveillants. Et c’est important, parce qu’on n’est pas chanteuse. On sort de sa zone de confort. On savait que le résultat serait de qualité. Ensuite, il y a la chanson de Clara Luciani qui a fait écho avec ce combat. Enfin, il y a les discussions que l’on a, souvent entre maires femmes, sur les problématiques de violences intrafamiliales que l’on peut rencontrer les unes les autres dans nos villages et nos villes. On s’est rendu compte qu’il est parfois plus facile pour des femmes victimes de ces violences de franchir les portes de la mairie plutôt que celles de la gendarmerie ou de la police.
Comment s’est passé l’enregistrement ?
On a fait cela en deux fois, mais principalement lors d’une soirée. On n’est pas des chanteuses, ce n’est pas notre vocation. On essaie d’être de bonnes maires et élues. La production a eu du travail derrière, pour arriver à ce résultat !
Y a-t-il eu de l’appréhension ?
Bien sûr, mais ça s’est passé de manière très détendue. Certaines étaient un peu inquiètes, mais sans s’en rendre compte, elles ont très vite dépassé leurs craintes.
Était-ce la première fois que vous vous retrouviez entre femmes élues ?
Non. C’est déjà arrivé de se retrouver à des déjeuners organisés parfois par nos sénatrices, mais dans des circonstances comme celles-ci, non.
Tout le monde avait peur de ne pas chanter juste, mais ce n’est pas ça qui est important.
Vous livrez, dans cette initiative, quelque chose de plus intime que d’habitude…
Oui. On sort un peu de notre zone de confort. Dans ce clip, il y a quelque chose d’un peu artistique alors qu’on est au quotidien dans l’opérationnel en tant que maires. On a peut-être ouvert une part d’humanité qu’on livre moins d’habitude. Quelque chose de plus intime. Tout le monde avait peur de ne pas chanter juste, mais ce n’est pas ça qui est important. À titre personnel, j’ai de moins en moins peur de montrer mes fragilités, mes imperfections. Ça fait du bien aussi de se montrer comme on est. Les premiers retours de cette vidéo sont très positifs.
Est-ce une thématique importante dans cette zone du Sud-Yvelines, où on a l’impression que ce secteur est assez paisible, même si on ne sait pas ce qui se passe derrière les murs…
Ce n’est pas une thématique qui nous préoccupe tous les jours. Pour autant, nous avons toutes dans nos villages des situations.
Mais de là à faire une reprise musicale…
Quand j’ai entendu cette chanson de Clara Luciani, j’ai tout de suite passé à Tony de la société de production Empreinte. Et je me suis dit que mes collègues maires accepteraient sans problème de faire ça pour porter ce message : « Si vous subissez des violences, n’hésitez pas à venir nous voir. Nous aussi, nous pouvons vous aider. »
Certaines élues ont-elles refusé ?
Aucune. Celles qui ne sont pas sur la vidéo n’étaient pas libres au moment de l’enregistrement. C’est difficile de réunir tout le monde en même temps. On l’a fait en deux fois. On a pris le parti pris de faire cela entre femme. Pour autant, les violences intrafamiliales sont l’affaire de tous. Nos collègues hommes se sentent investis autant que nous.
Quand on a enregistré la chanson, au moment où une élue enregistrait, les autres échangeaient dans l’autre pièce. On a partagé des expériences, parlé des associations avec qui on peut travailler.
Derrière l’aide d’urgence, il y a aussi l’après à gérer…
Oui. Ça ne s’arrête pas au dépôt de plaintes. Les mairies sont confrontées à plein de choses, notamment le relogement. Quand on a enregistré la chanson, au moment où une élue enregistrait, les autres échangeaient dans l’autre pièce. On a partagé des expériences, parlé des associations avec qui on peut travailler. On a appris qui disposait de logements d’urgence dans sa commune pour ce type de situation, etc. On essaie de construire un réseau pour s’entraider.
En tant qu’élue, vous n’êtes pas forcément formées pour répondre aux sollicitations des victimes de violences ?
Dans le clip, on fait référence dans la vidéo aux ÉRRÉ (élus ruraux relais de l’égalité), un programme porté par l’association des maires ruraux, qui permet d’avoir des formations sur ce thème, des mises en réseau avec des partenaires et des élus référents dans les communes. Ça nous permet d’obtenir des clés et une bonne approche pour répondre aux personnes qui nous sollicitent.
Quel avenir souhaitez-vous à cette vidéo ?
J’avoue ne pas m’être posé la question. On a envie qu’elle soit vue et partagée. Et surtout qu’elle permette à des femmes qui n’osaient pas franchir la porte de la gendarmerie ou de la police de venir en mairie. Parce que les agents en mairie sont, eux aussi, formés. Clara Luciani a apparemment liké notre vidéo sur Instagram. On sent que c’est le début de quelque chose et que ça peut contribuer à faire avancer la cause.
« Elles ont vraiment mis du cœur à l’ouvrage »
Le tournage et l’enregistrement ont été effectués en deux soirs, en fonction des disponibilités de chaque élue. Elles ont chanté ensemble pour la captation vidéo et séparément pour l’enregistrement audio, explique Tony Bastion, du projet Empreinte du cabaret du Bout des Prés à Cernay-la-Ville. Il a fallu ensuite un long travail de mixage et de montage pour terminer le projet. « Elles ont vraiment mis du cœur à l’ouvrage », a-t-il déclaré.
François Feuilleux avec Delphine Michel
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